Rabattre les mailles au tricot : méthodes souple, invisible, i-cord

Rabattre les mailles au tricot : méthodes souple, invisible, i-cord

Rabattre les mailles au tricot : toutes les méthodes (souple, invisible, i-cord)

  • Le rabattage classique (rabattu simple) est le plus rapide à exécuter, mais aussi le plus rigide : il tend à serrer et à limiter l’élasticité du bord.
  • Le rabattage souple (dérivé de la méthode de Jeny, dite « surprisingly stretchy ») ajoute un jeté entre chaque maille rabattue pour gagner de l’élasticité sans changer de matériel.
  • Le rabattage tubulaire, parfois appelé rabattage invisible, sépare les mailles endroit et envers pour donner l’impression que les côtes se poursuivent sans interruption jusqu’au bord.
  • Le rabattage en i-cord ajoute un petit cordon arrondi sur toute la largeur du bord : c’est la méthode la plus décorative, utilisée sur les châles, plaids et bords de gilets.
  • Le choix ne dépend pas d’une préférence esthétique isolée mais de l’usage du bord : un poignet ou un haut de chaussette a besoin d’élasticité, une encolure a besoin de tenue, un châle a besoin de finition visible.

Vous venez de terminer le dernier rang d’un tricot et vous vous demandez comment le rabattre sans que le bord ne tire, ne roule ou ne détonne avec le reste de l’ouvrage ? La méthode de rabattage la plus enseignée en premier — celle qui consiste à tricoter deux mailles puis faire passer la première par-dessus la seconde — n’est en réalité qu’une option parmi plusieurs, et souvent pas la meilleure. Un bas de pull, un haut de chaussette ou un poignet de manche ont besoin d’un bord qui s’étire autant que le reste du tricot ; une encolure ronde a besoin d’un bord qui tienne sa forme ; un châle ou un plaid gagnent à avoir un bord visible et net plutôt qu’une simple ligne rabattue. Cet article détaille le geste de quatre méthodes de rabattage — classique, souple, tubulaire (invisible) et i-cord — et précise pour chacune l’ouvrage où elle donne le meilleur résultat.

Pourquoi le rabattage classique pose problème sur certains bords

Le rabattage classique consiste à tricoter deux mailles, puis à faire passer la première maille tricotée par-dessus la seconde à l’aide de l’aiguille gauche, en répétant l’opération jusqu’à la fin du rang. Ce geste est simple, rapide, et suffit largement pour une écharpe, un carré de couverture ou tout bord qui n’a pas besoin de s’étirer.

Le problème apparaît sur les bords censés rester élastiques. Le rabattage classique produit une chaîne de mailles nettement moins extensible que le corps du tricot situé juste en dessous : chaque maille rabattue « consomme » un peu de mou du fil, et l’accumulation sur toute la largeur du bord donne une lisière sensiblement plus rigide. Sur un bas de pull en côtes, un haut de chaussette tricoté du bout vers la jambe, ou une manche montée aux poignets, cette rigidité se traduit concrètement : le bord serre le poignet, la cheville ou la taille, alors que le reste du tricot reste souple. Sur une encolure ronde, à l’inverse, cette même rigidité peut devenir un avantage — elle aide le col à garder sa forme sans se détendre au fil des lavages.

Retenir cette logique évite de choisir une méthode de rabattage par habitude plutôt que par besoin : la question à se poser avant de rabattre n’est pas « quelle méthode je connais déjà » mais « ce bord a-t-il besoin de s’étirer, de tenir sa forme, ou d’être visible ».

Le rabattage classique : la référence, à réserver aux bords qui ne s’étirent pas

Le geste

Tricoter les deux premières mailles du rang normalement. À l’aide de la pointe de l’aiguille gauche, soulever la première maille tricotée et la faire passer par-dessus la seconde, puis la laisser tomber de l’aiguille. Une seule maille reste alors sur l’aiguille droite. Tricoter la maille suivante du rang, puis répéter l’opération : faire passer la maille précédente par-dessus la nouvelle, jusqu’à la fin du rang.

Quand l’utiliser

Ce rabattage convient aux bords qui n’ont pas de contrainte d’élasticité : le haut d’une écharpe, le tour d’un carré de couverture, le bord supérieur d’un sac tricoté, ou une encolure qui doit justement garder sa forme sans se relâcher. Il reste aussi le plus rapide à exécuter et le seul qui ne demande aucune manipulation supplémentaire — un critère qui compte sur un gros projet où chaque rang de finition ralentit déjà l’avancée.

Sa limite principale

Sur des côtes 1×1 ou 2×2 — c’est-à-dire un point qui alterne mailles endroit et mailles envers pour créer une élasticité naturelle — le rabattage classique gomme une bonne partie de cette élasticité s’il est exécuté en tricotant systématiquement à l’endroit. La correction la plus simple consiste à rabattre en respectant le point : tricoter chaque maille endroit à l’endroit et chaque maille envers à l’envers, exactement comme elle se présente sur l’aiguille, avant de la faire passer par-dessus. Ce détail, souvent oublié, évite déjà une bonne partie de la sensation de bord « cassant » sur une côte simple.

Le rabattage souple : gagner de l’élasticité sans changer de méthode

Le principe

Le rabattage souple reprend le geste du rabattage classique en ajoutant un jeté entre chaque maille rabattue. Ce jeté supplémentaire n’est jamais tricoté : il sert uniquement à donner du mou à la chaîne de mailles rabattues, un mou qui se traduit directement par de l’élasticité une fois le rabattage terminé. Cette méthode, popularisée sous le nom de « Jeny’s Surprisingly Stretchy Bind-Off » — une créatrice qui l’a formalisée pour les tricoteuses anglophones — est aujourd’hui la référence pour tout bord qui doit s’étirer sans changer de matériel en cours de route.

Le geste

Tricoter la première maille normalement. Faire un jeté (passer le fil par-dessus l’aiguille droite sans tricoter aucune maille). Tricoter la maille suivante. Faire passer, dans l’ordre, le jeté puis la première maille tricotée par-dessus la maille la plus récente sur l’aiguille droite. Répéter : jeté, maille tricotée, deux mailles rabattues par-dessus, jusqu’à la fin du rang.

Quand l’utiliser

Cette méthode s’impose sur tout bord qui doit passer par-dessus une partie du corps sans la comprimer : le bas d’un pull ou d’un gilet, les poignets de manche, le haut d’une chaussette tricotée du bout vers la jambe, ou l’ouverture d’un bonnet si le patron ne prévoit pas de rabattage tubulaire. Elle ne demande aucun outil supplémentaire ni aiguille de taille différente, ce qui la rend accessible dès qu’on connaît le rabattage classique — le seul ajout est ce jeté intercalé, à ne pas confondre avec un jeté qui deviendrait une maille supplémentaire dans le décompte final : ici, il est systématiquement rabattu et disparaît du rang.

Un repère utile

Sur une côte 1×1, associer le rabattage souple au rabattage « en respectant le point » (tricoter endroit sur maille endroit, envers sur maille envers) donne le résultat le plus proche de l’élasticité naturelle de la côte elle-même — une combinaison particulièrement utile sur un poignet de manche raglan, où le bord doit s’étirer pour passer la main sans jamais paraître détendu au repos.

Le rabattage tubulaire (invisible) : pour que les côtes semblent ne jamais s’arrêter

Le principe

Le rabattage tubulaire — parfois appelé rabattage invisible ou rabat tubulaire — vise un objectif différent des deux méthodes précédentes : non seulement rester élastique, mais surtout disparaître visuellement. Plutôt que de créer une ligne de mailles rabattues visible en haut de la côte, cette méthode sépare les mailles endroit et les mailles envers sur deux aiguilles distinctes, puis les referme à l’aiguille à laine par un geste proche du greffage (Kitchener), de sorte que le bord donne l’impression que la côte continue son mouvement jusqu’à l’extrême bord, sans rupture visible.

Le geste, dans les grandes lignes

Sur les derniers centimètres avant le rabattage, tricoter quelques rangs de côte 1×1 avec un fil fin auxiliaire ou en suivant une préparation spécifique selon la source consultée — ce point de départ varie légèrement d’un tutoriel à l’autre. Séparer ensuite les mailles endroit sur une aiguille et les mailles envers sur une autre. Enfiler une aiguille à laine avec le fil de travail et refermer les deux séries de mailles par un mouvement de va-et-vient qui imite le tricotage : piquer dans les mailles endroit comme pour les tricoter, dans les mailles envers comme pour les glisser, en alternance, jusqu’à épuiser toutes les mailles.

Cette méthode demande davantage de temps et un peu de pratique avant de devenir fluide — c’est la plus technique des quatre présentées ici — mais le résultat une fois maîtrisé est nettement supérieur en finition sur tout bord de côte visible.

Quand l’utiliser

Le rabattage tubulaire trouve sa place sur les bords où la finition se voit de près et où l’élasticité compte autant que l’esthétique : encolures en côtes, poignets de manche montés séparément, hauts de chaussettes, bas de bonnets. Sur un pull entièrement uni, l’investissement en temps se justifie surtout si l’encolure ou les poignets restent visibles en portant le vêtement — un pull porté sous une veste, par exemple, ne tire pas le même bénéfice de cette finition qu’un pull porté seul.

Une alternative moins technique

Sur une côte 1×1 simple, certaines tricoteuses préfèrent une version simplifiée qui consiste à rabattre chaque maille endroit ensemble avec la maille envers suivante, sans séparer les mailles sur deux aiguilles ni utiliser d’aiguille à laine. Le résultat s’approche visuellement du rabattage tubulaire sans en reproduire exactement la continuité, mais reste nettement plus rapide à exécuter — un compromis pertinent quand le temps disponible ne permet pas la version complète.

Le rabattage en i-cord : un bord décoratif et arrondi

Le principe

Le rabattage en i-cord ajoute un petit cordon tricoté en tube sur toute la longueur du bord, au lieu de simplement fermer les mailles existantes. Le résultat est un bord net, légèrement en relief, qui ne roule pas sur lui-même — un avantage particulier sur un tricot en jersey, dont le bord a naturellement tendance à s’enrouler s’il n’est pas stabilisé par une bordure ou un point spécifique.

Le geste

Monter deux ou trois mailles supplémentaires en fin de tricotage (le nombre exact dépend du patron, généralement 3). Tricoter ces mailles supplémentaires à l’endroit, puis tricoter ensemble à l’endroit (ou faire un surjet simple) la dernière de ces mailles avec la première maille du bord à rabattre. Faire glisser les mailles du cordon vers l’aiguille gauche sans les retourner, comme pour tout tricotage en i-cord, et répéter l’opération jusqu’à épuiser toutes les mailles du bord. Rabattre enfin les quelques mailles du cordon restantes normalement.

Quand l’utiliser

Cette méthode est la plus visible des quatre : elle change littéralement l’apparence du bord, ce qui la réserve aux ouvrages où une finition décorative est recherchée plutôt que discrète. Elle s’utilise couramment sur le tour d’un châle triangulaire ou rectangulaire, sur les bords d’un plaid, sur l’ouverture d’un gilet tricoté à plat, ou sur le tour d’un bonnet dont on veut souligner le contour. Elle est nettement moins élastique qu’un rabattage souple ou tubulaire — l’épaisseur du cordon compense en partie, mais ne remplace pas une réelle extensibilité — ce qui la rend peu adaptée à un poignet ou un haut de chaussette.

Rabattre en respectant le point : le réflexe qui change tout sur une côte

Quelle que soit la méthode choisie parmi les trois précédentes, une erreur revient plus souvent que les autres : rabattre systématiquement à l’endroit une côte qui alterne mailles endroit et mailles envers. Le résultat visuel est un bord qui tire vers l’endroit, visuellement différent du reste de la côte, et surtout moins élastique que si chaque maille avait été rabattue selon sa nature.

La correction est simple à retenir : avant de faire passer une maille par-dessus l’autre, la tricoter comme elle se présente sur l’aiguille — à l’endroit si c’est une maille endroit, à l’envers si c’est une maille envers. Ce détail s’applique au rabattage classique comme au rabattage souple, et reste la base sur laquelle repose en partie le principe même du rabattage tubulaire, qui pousse cette logique jusqu’à séparer complètement les deux types de mailles.

Comment choisir la bonne méthode selon l’ouvrage

Le choix suit rarement une règle unique ; il dépend du bord concerné et de ce qu’on attend de lui.

Sur un bas de pull ou de gilet en côtes, le rabattage souple reste le choix le plus efficace pour le temps investi : il évite l’effet de bord qui serre sans demander la technicité du rabattage tubulaire.

Sur des poignets de manche ou un haut de chaussette, l’élasticité prime sur tout le reste puisque le bord doit passer par-dessus la main ou le talon : rabattage souple pour un résultat rapide, rabattage tubulaire si le temps le permet et que la finition doit être irréprochable.

Sur une encolure ronde ou en côtes, le rabattage tubulaire donne le meilleur résultat visuel et une tenue durable dans le temps, à condition d’accepter le temps de réalisation supplémentaire ; à défaut, un rabattage classique en respectant le point reste une option correcte si l’encolure n’a pas besoin de s’étirer beaucoup.

Sur un châle, un plaid ou le tour d’un gilet ouvert, le rabattage en i-cord apporte une finition visible qui structure le bord et évite qu’il ne s’enroule, un souci fréquent sur les tricots en jersey.

Sur un carré de couverture, une écharpe simple ou tout bord sans contrainte d’élasticité, le rabattage classique suffit largement et reste le plus rapide à exécuter.

Erreurs fréquentes et comment les éviter

La première erreur consiste à rabattre avec la même tension que le reste du tricot, en particulier avec le rabattage classique : le bord obtenu est presque toujours plus serré qu’espéré, même en tricotant « normalement ». Utiliser une aiguille une taille au-dessus juste pour le rang de rabattage, sans changer l’aiguille utilisée pour tricoter les mailles elles-mêmes, corrige ce problème sans changer de méthode.

La deuxième erreur touche le rabattage souple mal exécuté : oublier de faire passer le jeté par-dessus en même temps que la maille tricotée laisse une maille supplémentaire dans le décompte final, ce qui déforme légèrement le bord sur les derniers centimètres du rang.

La troisième erreur, la plus fréquente sur les côtes, consiste à rabattre uniformément à l’endroit sans respecter l’alternance endroit/envers du point — un détail qui semble mineur en cours de rang mais qui devient visible une fois le tricot posé à plat et comparé au reste de la côte.

La quatrième erreur concerne le rabattage en i-cord : oublier de faire glisser les mailles du cordon vers l’aiguille gauche sans les retourner casse la continuité du tube et fait apparaître une torsion visible sur toute la longueur du bord — un geste à vérifier sur les premiers centimètres avant de poursuivre sur tout le rang.

Comment rabattre des mailles pour qu’elles restent élastiques ?

Le rabattage souple, qui ajoute un jeté entre chaque maille rabattue, reste la méthode la plus rapide pour gagner de l’élasticité sans changer d’aiguille ni de matériel. Le rabattage tubulaire va encore plus loin en préservant presque intégralement l’élasticité naturelle de la côte, au prix d’un geste plus technique.

Qu’est-ce qu’un rabattage invisible ?

C’est un autre nom pour le rabattage tubulaire : une méthode qui sépare les mailles endroit et envers sur deux aiguilles avant de les refermer à l’aiguille à laine, de sorte que le bord donne l’impression que la côte se poursuit sans interruption jusqu’à son extrémité.

Le rabattage en i-cord convient-il à un poignet de manche ?

Rarement, car il est nettement moins élastique qu’un rabattage souple ou tubulaire malgré l’épaisseur du cordon. Il convient mieux aux bords où une finition visible et arrondie est recherchée, comme le tour d’un châle ou d’un plaid.

Pourquoi mon rabattage est-il toujours trop serré ?

La cause la plus fréquente est la tension appliquée pendant le rang de rabattage lui-même, souvent plus ferme qu’espéré même avec un geste « normal ». Passer à une aiguille une taille au-dessus uniquement pour ce rang corrige la plupart des cas, sans avoir à changer de méthode de rabattage.

Faut-il toujours rabattre en respectant le point sur une côte ?

Oui, dès que la côte alterne mailles endroit et mailles envers. Rabattre uniformément à l’endroit change visiblement l’aspect du bord et réduit son élasticité par rapport au reste de la côte.

Le rabattage tubulaire demande-t-il un matériel particulier ?

Une aiguille à laine est nécessaire pour refermer les mailles séparées, mais aucun matériel exotique n’est requis au-delà de ce que contient déjà une trousse de tricot classique. La difficulté vient surtout du geste, plus proche du greffage que du tricotage habituel, qui demande un peu de pratique avant de devenir fluide.

Peut-on utiliser un rabattage souple sur un tricot qui n’est pas en côtes ?

Oui : le jeté intercalé ajoute de l’élasticité quel que soit le point du rang précédent, même en jersey uni. L’effet est simplement moins nécessaire sur un bord qui n’a pas vocation à s’étirer, comme le haut d’une écharpe.

Quelle méthode choisir si je débute et que je veux un résultat fiable rapidement ?

Le rabattage souple reste le meilleur compromis pour une débutante : il repose sur le même geste que le rabattage classique, avec un seul ajout (le jeté), et corrige déjà la majorité des bords trop serrés sans demander l’apprentissage d’une technique entièrement nouvelle comme le rabattage tubulaire. Rabattre un tricot n’est jamais une simple formalité de fin d’ouvrage : c’est la dernière étape qui détermine si un bas de pull tiendra confortablement autour de la taille, si une encolure gardera s

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